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Autre lettre au Président

Monsieur le Président,

Arrivé à Lyon II en septembre 2001, après avoir longtemps enseigné à Grenoble, où j’ai dirigé l’UFR de Lettres, j’ai été frappé depuis deux ans par la rapide dégradation, sous votre Présidence, des conditions d’exercice de notre métier.

Le calendrier que vous avez fait voter l’an passé suscite la réprobation de tous ceux qui ont dû s’y soumettre, et aussi celle de tous les collègues d’autres universités qui en entendent parler. L’Université de Lyon II a le triste privilège de figurer avec celle d’Amiens comme exemple privilégié du petit livre intitulé Universitas calamitatum (Editions du Croquant, 2003) : y a-t-il lieu d’en être fier ? Faut-il encore aller vers le pire avec le nouveau calendrier que vous avez fait voter ? Avez-vous été élu pour augmenter la charge de travail de vos collègues ?

Quant aux étudiants, tous ceux avec qui je parle se plaignent des horaires tardifs, imposés parce qu’un effort essentiel n’a pas porté sur la rénovation des locaux. Où est le plaisir d’un cours qui se tient de 18 h 15 à 19 h 45 ? Les étudiants ajoutent très souvent que le passage des cours à 1 heure 30 sur 14 semaines et de 24 à 21 heures pour un enseignement accroît l’impression d’émiettement qu’ils ressentent.

Impression que les enseignants eux aussi éprouvent. Nous devenons des machines à préparer des cours, trop nombreux, mal comptés (presque toujours en TD, même les cours de maîtrise et de DEA) et à ne plus faire de recherche. Pour le dire d’un mot : ce qui est en train de se passer, c’est une « secondarisation » de l’Université à Lyon II. Naturellement j’ai le plus grand respect pour l’enseignement secondaire ; mais vous semblez avoir oublié que parmi les missions essentielles d’une Université figure aussi celle de la production du savoir. Or, impossible de biaiser avec ce fait : la recherche c’est le temps. Les étudiants n’ont dans leur vie qu’une brève période pour rencontrer des enseignants-CHERCHEURS : vous êtes en train de les priver de cette chance qui pour la plupart ne se représentera presque jamais à eux.

En espérant que ces propos, jetés à la hâte pour qu’ils vous parviennent en temps voulu, aideront à votre réflexion, je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments les meilleurs..

Jean-François Louette

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