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Lettre au président de l’université
Monsieur le Président,
L’expression « dégradation des conditions de travail » est vague et galvaudée ; elle peut servir de paravent aux pires corporatismes. Mais dans le cas de la vie des enseignants à Lyon2, elle correspond à une réalité dont vous ne semblez pas vous rendre compte.
Voici à notre sens les deux grandes familles de problèmes que votre administration, si admirable par ailleurs, a le tort de négliger.
1- L’Université ne peut pas se faire sans les enseignants. Rien dans le quadriennal, dans le dernier règlement de scolarité, dans le tout dernier calendrier n’est conçu pour eux. Ni quant aux locaux (bureaux, salle des professeurs), ni quant au rythme de travail. La réforme s’est faite parfois avec eux, mais toujours contre eux. Le fameux semestre sabbatique, que l’on peut espérer dégager tous les quatre ou cinq ans au prix d’un sur-service, ne remplace pas le temps nécessaire chaque année pour préparer ses cours, les renouveler, et mener à bien une activité de recherche régulière. La question du calendrier universitaire, qui a mis le feu aux poudres lors du CA du 30 avril, est à cet égard plus qu’un épiphénomène : c’est le symptôme d’un mépris (de la part des représentants étudiants et des personnels) pour la profession d’enseignant-chercheur. Je ne reviens pas sur le fait qu’un débat capital a été relégué en fin de séance, après que cinq heures de discussions oiseuses eurent vidé la salle. L’hallucinant triomphe du calendrier improvisé en séance par un des membres du conseil (sur le thème de « cantonnons ces intellectuels privilégiés à l’université tous les jours ouvrables, comme les vrais travailleurs ») a exprimé ce mépris de manière choquante. Vous avez démagogiquement laissé faire. C’est ainsi que, pour la première fois en deux ans, la présidence et les représentants IATOS de la liste PPDU-SNASUB-FSU ont voté ensemble : contre une proposition qui aurait permis aux enseignants de Lyon2 d’avoir les mêmes vacances que leurs collègues des universités de France.
2- L’Université ne peut pas se faire sans les Facultés. Les contraintes et les difficultés de la vie des enseignants (et du personnel) sont d’autant plus insupportables qu’elles sont ressenties comme imposées pas un système de plus en plus centralisé. L’autonomie des Facultés est réduite à néant, leurs initiatives les plus anodines sont désavouées de façon insultante (cf l’épisode de la modification des statuts de la Faculté des Langues). En revanche les Facultés sont censées appliquer à la lettre et dans l’urgence des règlements et des procédures uniformes, confus et sans cesse renouvelés (notamment en matière de scolarité) qu’elles n’ont jamais approuvés dans leurs conseils ; et dont le texte est parfois introuvable. Selon le refrain de certain représentant des personnels, il faut laisser l’enseignement aux enseignants et l’administration aux administratifs. C’est ne pas se rendre compte que le travail administratif est largement effectué par les enseignants (phénomène qui aggrave le sous-encadrement pédagogique). Ces derniers, au lieu de disposer d’une structure administrative capable de mettre en œuvre leurs idées pédagogiques, se trouvent donc en position de devoir eux-mêmes mettre en œuvre des règles imposées par des contraintes techniques extérieures. On marche sur la tête.
Il est temps de redonner un peu d’autonomie aux composantes. L’Université ne peut fonctionner qu’en exploitant la bonne volonté d’enseignants qui ne comptent pas leurs heures, et ceci ne peut se faire qu’en les convainquant qu’ils sont libres. Comme beaucoup de collègues, nous sommes prêts à passer nos nuits à résoudre les problèmes dont nous sommes ou nous sentons responsables ; il nous est beaucoup plus pénible de passer ce temps à obéir à des robots. Le cas de la dotation pédagogique est un autre exemple de dérive dommageable. Il n’y a pas si longtemps, nous recevions une enveloppe d’heures pour chaque cursus, selon le principe d’un h/e (heures par étudiant) calculé sur les effectifs de l’année précédente. Chaque composante se sentait ensuite libre, dans ce cadre en fait très contraignant, d’ouvrir le nombre de groupes voulu pour chaque matière et chaque niveau. Le système avait le triple mérite d’être simple, économique et de donner l’illusion aux responsables qu’ils avaient une marge de manœuvre. Aujourd’hui les gestionnaires de l’informatique envoient des fiches comminatoires enjoignant aux filières d’ouvrir un nombre donné de groupes, sur la base d’estimations qui se révèlent bien souvent fausses. Toute dérogation aux directives doit être justifiée ; l’enseignant responsable, qui n’a plus d’autre responsabilité que celle d’appliquer les consignes et, le moment venu, de corriger tout seul les erreurs, est traité comme un coupable. Un dernier exemple de dérive centralisatrice est la question de l’anglais obligatoire en master : on trouvera sur ce même site des réactions aussi nombreuses qu’intéressantes à la proportion présidentielle.
Venons-en enfin à la question des locaux : les difficultés conjoncturelles sont régulièrement invoquées pour justifier tous les inconforts d’horaire et de calendrier. Il serait ridicule de nier ces difficultés, dont la présidence n’est pas responsable et qu’elle aborde avec une immense énergie. Mais les sacrifices pourraient être mieux partagés : n’était-il pas possible, pendant ces deux ou trois années noires, d’affecter plus de ressources aux salles d’enseignement ? La couverture des courts de tennis de Bron (60 000 euros outre la subvention de la Région) était-elle une priorité ? Est-il judicieux d’installer SENTIER dans une grande salle de cours du 18 quai Claude-Bernard, en même temps que, faute de salles disponibles pendant la journée, on impose aux étudiants et aux enseignants des cours en soirée ?
Plus de respect pour les 1000 enseignants de l’université ; plus d’autonomie pour les facultés ; une évaluation sérieuse des performances de certains services centraux ; une affectation prioritaire et immédiate des ressources de l’université aux moyens d’enseignement : voilà une politique susceptible de motiver à nouveau la communauté universitaire.
Cinquante premiers signataires (enseignants de Lyon2) :
Jean-François Berthet, Dominique Bertin,Charles Bonn, Dominique Bourgain, Pascale Brillet, Dominique Carlat, Sophie Chauveau, Michèle Clément, René-Pierre Colin, Sophie Coste-Mignot, Noël Dazord, Jean-Yves Debreuille, Jean-Michel Dewailly, Jocelyn Dupont, María A. Durán, Olivier Ferret, Agnès Fontvieille, Nathalie Fournier, Bruno Gelas, Jacques Gerstenkorn, Delphine Gleizes, Philippe Goudey, Christine Hamon, Denis Le Touzé, Jean-François Louette, Gérard Lucas, Philippe Merlo, Hervé Micolet, Serge Molon, Anne-Marie Mortier, Emmanuel Naya, Michael O’Dea, Christine Planté, Michel Pruner, Christine Queffelec, Denis Reynaud, Yves Roguet, Michel Schmitt, Sylvie Schweitzer, Jean-Claude Seguin, Jean-Marc Serre, Merete Stistrup-Jensen, Gérard Streletski, Laurent Thirouin, Marie-Odile Thirouin, Marianne Thivend, Stéphanie Thonnerieux, Chantal Verchère, Philippe Wahl, Anne Wanono, Romaine Wolf-Bonvin.
