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05 - décembre 2008
Le Conseil des CFMI avait fait part aux députés, en juin dernier, de ses craintes sur le fait que l’éducation artistique et culturelle disparaisse des obligations de l’école primaire avec la mise en oeuvre des nouveaux programmes de l’école et avec la mise en place de la nouvelle durée de la semaine scolaire passant de 26 heures à 24 heures. Une quarantaine de députés ont répondu au Conseil des CFMI et une douzaine d’entre eux ont posé une question écrite au gouvernement.
Voici donc à la fois la question écrite posée par un de ces députés et la réponse du ministre Xavier DARCOS que nous recevons de façon positive et qui pourra aider les musiciens intervenant à l’école :
10462 ASSEMBLÉE NATIONALE
Enseignement
(programme - enseignements artistiques - perspectives)
30262. - 9 septembre 2008. - M. Jean Proriol attire l’attention de M. le ministre de l’éducation nationale .sur les préoccupations des centres universitaires de formation des musiciens intervenant à l’école (CFMl) au regard de la suppression des heures de cours le samedi matin dans les écoles. Les musiciens intervenants, appelés également « dumistes », permettent d’offrir aux élèves une initiation à la musique originale par le biais de l’enseignement général. Les CFMI travaillent de longue date en concertation avec les élus, les directeurs des écoles de musique et conservatoires, les responsables culturels et les inspections académiques. Les enseignants dumistes craignent que la suppression des heures de classe du samedi matin entraîne un recentrage de l’enseignement sur les seules matières fondamentales « lire, écrire et compter » sans y intégrer l’éducation artistique. Celle-ci ne pourrait alors avoir lieu qu’en dehors du temps scolaire avec pour conséquence l’exclusion de nombreux élèves pour qui l’école est actuellement le seul lieu de découverte artistique. Il lui demande en conséquence quelles dispositions il entend prendre afin que la pratique musicale délivrée par les « dumistes » conserve son rôle au sein des programmes scolaires.
Réponse. - L’éducation artistique et culturelle est une priorité nationale affirmée par le ministre depuis la rentrée 2008. L’enseignement de la musique prend toute sa place dans les programmes publiés au B.O n" 3 du 19 juin 2008. Dès la maternelle l’utilisation d’instruments favorisant la découverte de sonorités puis la maîtrise du rythme et du tempo est préconisée. À l’école élémentaire, la pratique musicale est réaffirmée. Grâce à des activités d’écoute, les élèves s’exercent à comparer des œuvres musicales, découvrent la variété des genres et des styles selon les époques et les cultures. Pratiques vocales et pratiques d’écoute contribuent à l’enseignement de l’histoire des arts. Le rôle des dumistes trouve sa cohérence dans le cadre du volet artistique et culturel du projet d’école, qui décline les programmes, en lien avec celui élaboré par les structures locales (défini par la circulaire n" 2007-022 du 22-1-2007). Leur action figure dans les dispositifs énoncés en annexe 2 de la circulaire n" 2008-059 du 29-4-2008 relative au développement de l’éducation artistique et culturelle. Ainsi, le centrage sur les fondamentaux ne doit pas conduire à négliger les autres enseignements dont les pratiques artistiques, qui figurent explicitement dans les programmes de l’école et pour lesquels un horaire spécifique doit être dégagé en application de l’arrêté du 9 juin 2008.
Vous trouverez ci-après la lettre que le Conseil des CFMI avait adressé, en juin 2008, aux parlementaires :
CONSEIL DES CFMI
Aix-en-Provence – Lille – Lyon – Orsay – Poitiers – Rennes – Toulouse – Tours – Sélestat
Lyon, le 9 juin 2008
Monsieur le Député,
Directeur d’un des neuf Centres Universitaires de Formation de Musiciens Intervenant à l’école (CFMI), je travaille en étroite collaboration avec les élus du territoire de votre circonscription. En effet, depuis 25 ans, les CFMI sont des partenaires constants des collectivités territoriales, et de leurs associations de développement culturel et ce bien avant que les mesures de décentralisation de l’Etat vers ces collectivités ne deviennent la règle du jeu.
C’est avec ces dernières que nous avons réussi à construire sur l’ensemble du territoire national un système d’éducation artistique à l’école qui, à travers son originalité, représente une initiative sans précédent en Europe pour donner aux enfants, quelles que soient leurs origines sociales, géographiques et culturelles, l’accès aux pratiques musicales.
Grâce à l’action concertée entre les élus et les directeurs des écoles de musique et conservatoires, les responsables culturels et les inspections académiques, les musiciens intervenant à l’école (fréquemment appelés “dumistes” du nom de leur diplôme) représentent une forme d’action qui unit l’enseignement donné en école primaire et celui délivré en école de musique. Les enquêtes réalisées par les différentes structures et observatoires (y compris les missions d’études qui ont été commandées par le ministère de la Culture et de la Communication) mettent toutes en lumière l’indéniable progrès de cette forme d’initiation offerte à tous les enfants par le biais de l’enseignement général.
Or la suppression des heures de cours du samedi matin, le recentrement sur les matières du « lire, écrire, compter » et l’introduction de l’histoire des arts dans les nouveaux programmes de l’école primaire font craindre que les dumistes n’aient plus les conditions requises pour leur action ambitieuse d’éducation musicale dans le cadre de l’école, et qu’ils soient progressivement conduits à opérer dans le temps hors scolaire.
Si une telle hypothèse devait se vérifier, cela signifierait qu’une large proportion d’enfants recevrait à l’école une éducation artistique qui ne privilégierait que les connaissances encyclopédiques sans référence à une véritable pratique pourtant essentielle et fondamentale. Or pour certains enfants, l’école est l’unique lieu possible pour qu’ils expérimentent le fait de chanter sur des répertoires de qualité, pour qu’ils s’imprègnent de cultures et d’esthétiques musicales différentes, pour qu’ils apprennent à maîtriser leur corps à travers la pratique du rythme, pour qu’ils s’entraînent à l’écoute d’autrui à travers les activités collectives de musique qui développent leur imaginaire et leurs capacités d’invention et de création
Le repli hors du temps scolaire en écarterait tous ceux utilisant les services de transports à l’issue des heures de classe (en secteur rural notamment, mais pas uniquement), tous ceux dont les familles ne voient pas l’intérêt de l’éducation à la sensibilité dans la formation d’un être, tous ceux dont les conditions de vie ne les orientent pas sur les activités artistiques et culturelles.
C’est pourquoi je me permets, Monsieur le Député, de vous alerter sur un risque dont nous n’évaluerons conséquences que dans 5 ou 10 ans, quand nous serons revenus à la situation que nous avons connue dans les années 1970 et qui nous fera à nouveau déplorer que les Français ne savent pas chanter quand on les compare à leurs voisins européens Allemands, Anglais, Hongrois ou Finlandais. La formation dans les CFMI qualifie ces professionnels pour travailler en étroite collaboration avec les professeurs des écoles et les forces vives culturelles et artistiques de leur territoire d’intervention. Il y aurait un gâchis, après tant d’avancées auxquelles vous avez participé, à priver les enfants de vos écoles primaires de l’action de ces dumistes.
Au nom des CFMI, mais surtout au nom des 4000 dumistes qui exercent aujourd’hui dans de nombreuses communes de France, je vous demande de ne pas autoriser que les musiciens intervenant à l’école voient leur terrain d’exercice réduit à néant en les affectant à des activités hors temps scolaire. Les temps péri et post scolaires, aussi intelligemment et généreusement conçus soient-ils, ne pourront jamais réaliser la démocratisation culturelle et artistique visée notamment par l’action des dumistes à l’école. Je vous demande d’intervenir avec vigilance chaque fois qu’une application trop scrupuleuse, restrictive et à courte vue des nouveaux programmes serait envisagée.
Vous remerciant de l’attention que vous réserverez à cette lettre, et demeurant à votre disposition pour vous rencontrer, je vous prie de croire, Monsieur le Député, à l’expression de mes sentiments dévoués.
Alain DESSEIGNE
Directeur du CFMI de Lyon
Président du Conseil des CFMI
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