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03 - septembre 2008
Une rentrée scolaire, c’est comme un lever du jour, une aube nouvelle, un espoir du matin : on a l’impression que tout va être possible et que les tracas de l’année précédente ont fondu comme neige au soleil pendant l’été. La page est blanche, et nous sommes attendus pour l’écrire de façon ardente et appliquée. C’est un sentiment qui souvent, malheureusement, ne franchit pas le seuil du premier trimestre car les bonnes résolutions des uns et des autres butent sur une réalité qui ne se laisse pas modeler comme chacun (utilisateurs, acteurs et décideurs) l’avait projeté avec franchise ou avec calcul. Dans ces bonnes résolutions, il faut inclure les mesures du ministère de l’Education nationale dont les nouvelles directives parviennent aux cadres de l’éducation aux alentours du 28 août pour une mise en œuvre le 1er septembre dans les écoles ! On voudrait croire qu’en 24 heures les professeurs des écoles, qui sont de bons professionnels reconnus, enseigneront avec autant d’efficacité qu’en 26 heures. On voudrait croire que les deux heures libérées vont être porteuses de réussites pour les enfants en difficulté ou les enfants qui ont besoin d’un coup de pouce passager. On voudrait croire que la mise en place d’un enseignement de l’histoire des arts transversal à toutes les matières va réellement se mettre en place sans faire sortir de l’école les temps de pratique artistique tellement essentiels. On voudrait croire que l’accompagnement éducatif va créer une véritable égalité des chances pour les enfants dont les parents n’ont pas les moyens de payer des cours privés.
Et pourtant, on a du mal à y croire. Comme le disait un journaliste de la tranche matinale d’une grande radio nationale et généraliste au printemps dernier : on se trouve dans la position de supputer des conséquences malignes aux mesures prises par des initiateurs qui nous reprochent d’être des idéologues et qui, en même temps, utilisent des mots pour lesquels souvent nous nous sommes battus. Les valeurs sur lesquelles nous avons construit une stabilité et une cohérence éducatives pour les enfants et les jeunes que nous formons sur le plan général et, en ce qui nous concerne, sur le plan artistique sont mises à mal alors qu’elles sont portées en avant par nos responsables politiques. Par exemple, comment ne pas souscrire à un égal accès au soutien scolaire pour ne pas laisser les seuls enfants des milieux sociaux avertis avoir recours aux instituts privés ? Mais comment croire à cette mesure quand on sent que l’essentiel des coûts de sa mise en oeuvre ne sera pas pris en charge par l’Etat ? Comment croire qu’un régime aussi généreusement pensé (l’accompagnement éducatif) ne s’adressant qu’à quelques enfants ciblés et séparés des autres, les mettra sur le chemin de la réussite s’il n’y a pas une prise en charge par le collectif que représente la classe, et qui est la première petite société citoyenne dans laquelle un enfant à l’école primaire apprend à évoluer ? Comment croire que c’est un enseignement de l’histoire des arts aussi intelligemment pensé qui comblera les disparités culturelles des milieux familiaux alors que la pratique artistique est décisive pour inscrire un enfant dans sa culture ? Comment croire que la pratique artistique qui demande du temps reste inscrite à l’école alors que les horaires de l’école sont revus à la baisse ?
Vous savez que le CFMI de Lyon s’est beaucoup mobilisé avec vous pour faire part des inquiétudes que suscitaient ces décisions en s’adressant aux élus : maires et députés. Une trentaine de députés nous ont répondu et une dizaine ont posé une question au gouvernement, reprenant notre argumentation et notre réflexion. Il nous importe de laisser la parole à l’un de ces députés UMP qui dans sa réponse révèle sans duplicité le terreau qui, de son point de vue, sous-tend les mesures de cette rentrée : « Sans préjuger des réponses que M. Darcos estimera utile de vous apporter, permettez-moi toutefois de vous faire part du plein et entier soutien personnel qui est le mien au projet tendant à recentrer l’éducation scolaire sur les fondamentaux que sont lire écrire compter. Pour intéressantes que me paraissent d’autres matières, elles ne peuvent être posées sur le même plan que celles qui contribuent à permettre l’acquisition des codes fondamentaux de notre société (…). Que l’éveil aux arts soit dès lors placé sur un plan différent de l’acquisition des savoirs (optionnel par exemple) ne me semble dès lors pas choquant mais au contraire pertinent, d’autres temps que le temps scolaire pouvant lui être consacrés. No comment !
T’as qu’à y croire me disaient mes copains des campagnes des Monts du Lyonnais quand ils voulaient faire comprendre qu’ils mettaient en doute les propos de tel ou tel. Alors même sans vraiment y croire, on va continuer à travailler le plus consciencieusement possible ! Bonne rentrée !
Alain Desseigne – Directeur septembre 2008
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