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Nadège CHIRAC musicienne intervenante - les dumistes au Maroc
Vertaizon (France)
Nadège Chirac
musicienne-étudiante
Les dumistes au Maroc
1er mai 2007
« Vous allez au Maroc faire un concert avec des professeurs de musique » nous dit-on.
QUOI ??? ON VA OÙ ???
Au Maroc, à Meknès.
Y’a des professeurs de musique là-bas ? »
Voilà un peu l’idée générale quand tout a commencé.
De l’appréhension pour un pays inconnu, de l’excitation à l’idée de rencontrer des êtres d’ailleurs, d’Afrique du Nord (un autre continent, une autre culture, une autre musique …) de la curiosité (ça va nous plaire ?)
Je me voyais déjà monter sur un chameau sur une plage au coucher du soleil… (ça, c’est pour l’anecdote..)
Bref, samedi 31 mars 2007 : nous y sommes.
Et là, les premiers ressentis
- la lumière, jaune comme un filtre photographique devant mes yeux
l’air ambiant, légèrement échaudé
l’impression de liberté dans un pays où les habitants ne le sont pas vraiment
les bergers et leurs moutons au bord de la route
des marocains assis, là, sans vraiment faire autre chose que d’exister
les maisons pas finies (pour ne pas payer de taxes à ce qu’on dit)
le respect des chauffeurs quels qu’ils soient sur la route malgré les klaxons persistants
les taxis (Fiat Uno bleues) à chaque coin de rue
le bruit incessant partout dans la rue (tout le monde se parle… : on fait pas ça chez nous ? Ah oui, on se croise mais on ne se dit rien !)
Les visites
- Pierre Flandin et Jean Andréo nous font la visite de la Médina : l’un à pas « rapido » juste pour en prendre plein la vue et les oreilles afin qu’on se sente un peu perdue, l’autre à pas plus « lento », le temps de déjà faire quelques achats tels des touristes convaincus.
Visite architecturale et historique de la ville grâce à notre guide Gérard Authelain : mosaïques, sculptures, plâtreries, fontaines, patio, horloges, portes mythiques, jardins, etc…
le restaurant « chez Oumnia » qui va devenir notre cantine, notre lieu de rassemblement, notre « quartier général ».
La rencontre avec les marocains
L’anecdote :
« Comment ils s’appellent déjà ?
Mohamed et Adil ? Tous ? Mais ils sont combien ? huit ? »
Et puis cette impression de les connaître, eux et leur ville, eux et leur étrange façon de vivre, hors du temps.
C’est bien simple : là-bas, ils prennent le temps. C’est comme une philosophie de vie. Mais en tout cas, ils vivent en se regardant, en s’écoutant, en prenant le temps de faire et de dire les choses, en prenant le temps simplement de regarder ou de respirer : vivre quoi !!
Ils jouent de la musique de la même façon.
Aucune prestation de leur part, aucune mise en avant, aucune suffisance de dire « vous êtes ici chez NOUS », mais plutôt le contraire « vous êtes ici chez VOUS » avec l’accueil, le sourire, les yeux plein de générosité, une gentillesse presque mystérieuse.
Ils jouent de la même façon : sans chichi, comme ça, avec leur plaisir palpable, leur facilité à partager et à communiquer leur musique, leur joie d’être là et que nous soyons là.
Les discussions plus riches que tous les livres que l’on pourrait feuilleter sur ce pays :
leur situation de professeur de musique
leur situation de jeune dans le pays
leur situation vis-à-vis de la France, pays dont ils connaissent tout : la langue (parlée et écrite), l’histoire, la littérature, dont ils regardent les émissions télé
Et nous qui ne connaissons pratiquement rien, cela m’a donné comme un petit sentiment de gêne, un peu honteuse, un peu envieuse de leur savoir :
leur religion, leur spiritualité, leur respect, leur morale, leurs rituels insoupçonnables
leur passé : le roi Hassan II, son fils Mohamed VI, la vie en campagne, encore miséreuse parfois
leur envie de partager leurs connaissances
leur qualité d’enseignant : l’écoute et la patience lorsqu’on a voulu apprendre quelques mots arabes
Le concert
Dans le travail, toutes ces qualités réunis :
une envie de partager, de bien faire, avec souplesse, respect, tout en prenant le temps, « tranquille » quoi !
leur musique, leur mode, celle qui sonne orientale à nos oreilles
une musique qui touche le cœur à jamais, chaude, ensorcelante, et ma foi, pas si différente des chants de nos ancêtres
l’émotion ressentie dans le public lorsqu’on a chanté le Melhun
un concert qu’on aurait voulu refaire une autre fois, et pourquoi pas en faire une tradition tous les ans, comme un pèlerinage artistique… !?
La rencontre
Mohamed le chanteur du groupe marocain, moi la chanteuse du groupe français, et tout de suite nos deux voix ensemble. Un effet magique… Nos timbres de voix qui se marient parfaitement et l’envie en quelques heures de travailler cette magie. Il m’apprend un chant arabe, je lui apprends quelques chants français (mais il en connaît déjà beaucoup). Echange de répertoire pour enfants (il travaille aussi avec des classes de primaire). De là, naissent deux duos dans le peu de temps qu’il restait.
De la même façon, Tine et Adil ont noué des liens musicaux : vieille à roue et oud, ça ne se voit pas tous les jours ! Et pourtant, c’est si beau !!
Le départ
Trop rapide. Pas le temps de se rendre compte, et c’est fini. L’avion repart. La magie disparaît.
Heureusement, il reste Internet, et le CFMI. L’espoir que tout n’était qu’une petite étincelle de ce qui sera un merveilleux feu d’artifice de partage et de rencontres futures.
Vive le Maroc, vive le CFMI, vive la musique, vive la vie !
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