Accueil »  Musicologie / »  CFMI »  Echanges internationaux »  Maroc 2007 »  Meknès - avril 2007

Bilan de Margret STUMPFÖGGER co-responsable de la formation des étudiants travailleurs d’Auvergne

Clermont-Ferrand (France)
Margret Stumpfögger
co-responsable de la formation
des étudiants travailleurs d’Auvergne

Bilans avec les étudiants français à Meknès et de retour en France

Avant-propos

Ce document fait la synthèse de deux bilans collectifs, effectués avec les étudiants de la promotion auvergnate 2005-2008, l’un encore sur place à l’issue de la semaine à Meknès, l’autre de retour en France, quelques semaines après.

Satisfactions

De nombreux étudiants ont exprimé leur gratitude d’avoir pu faire ce voyage, estimant que c’était une grande chance de pouvoir approcher une autre culture musicale par une immersion dans le pays.
Ils ont beaucoup apprécié les rencontres avec des musiciens s’exprimant dans des styles très différents, allant de la musique arabo-andalouse (présentée par M. Taoufik Himiche) au rap (groupe K’libre) en passant par des musiques populaires (Aïssawa…) et plus généralement l’accueil chaleureux et bienveillant dont ils ont bénéficié. Ils ont souligné que cette façon d’approcher un pays et une culture est très différente d’un voyage touristique et plus intéressant à bien des égards.

Rencontre musicale avec les professeurs marocains

La réalisation d’un concert en commun avec des professeurs de collège marocains a ouvert un espace de rencontre permettant de croiser différentes pratiques musicales. Le travail effectué autour des « berceuses » en est un bel exemple.
Le défi de s’approprier des répertoires traditionnels différents, en les ouvrant à des interprétations variées, de mettre en commun des résultats de cette recherche et de le présenter à un public, a en effet constitué l’axe fort de cette semaine.
Certains étudiants ont regretté de ne pas avoir eu plus de temps pour des rencontres musicales libres, telles qu’elles ont pu avoir lieu en marge des répétitions et en fin de semaine.

Le concert

Même si, au regret de certains, tous les morceaux travaillés en amont n’ont pas pu trouver leur place dans le programme définitif, le concert final a été vécu comme une réussite artistique et humaine.

Les facteurs de cette réussite, tels que les étudiants les ont identifiés :

La préparation en amont, en France comme au Maroc, par le travail mené par Pierre Flandin et Jean Andréo
L’aide apportée par Brigitte Mercier et son travail sur la présence scénique et le rapport au public
Les interventions d’Alain Chaléard (percussions maghrébines) et de Hanane Ducailar-Kadous (autour du Melhun) dans les sessions de formation en Auvergne

Toutefois, l’organisation de ce concert a suscité des interrogations. A part le « bouche-à-oreille » il n’y a pas eu de communication autour de cette soirée dans la ville.
Apparemment, des tracts et affiches étaient prévus par l’Institut Français, mais n’ont pas pu être imprimés à temps. La salle n’était donc pas remplie, le cercle du public restreint.
Cet auditoire peu nombreux a néanmoins très bien accueilli le concert, réclamant même un « bis » à la fin, ce qui ne semble pas ancré dans les habitudes locales. L’adhésion du public était la plus forte au moment du Melhun, chanté en arabe par les français.

La rencontre avec une autre culture

Il a été noté par les étudiants que leur effort d’adaptation a été largement dépassé par celui des professeurs marocains, qui, de leur côté, ont chanté de nombreux morceaux en français et même en patois auvergnat.
Plus généralement, leur connaissance de notre culture (langue, styles musicaux, vie politique, habitudes alimentaires…) a fortement impressionné les étudiants, pour la plupart au stade de la découverte de la culture marocaine.
Dans ce contexte, l’intervention de Mr. Mohamed Beyoud de l’Institut Français de Meknès a été très appréciée. A travers une discussion libre, les étudiants ont pu se faire une idée plus précise de la vie sociale et culturelle au Maroc aujourd’hui, de ses richesses, de sa complexité, de sa vitalité, de ses contradictions - parfois loin des idées reçues.

Concernant plus particulièrement la culture et la pratique musicale du Maroc, les étudiants ont été frappés par :

la simplicité avec laquelle les marocains partagent leur musique
leur enracinement dans la tradition
les difficultés d’accès à l’apprentissage instrumental auxquels ils doivent faire face (prix des instruments, éloignement des structures d’enseignement…)

Ce dernier point a suscité des réflexions sur la comparaison possible ou non des systèmes d’apprentissage d’un pays à l’autre pour aboutir à une remarque, valable dans bien des circonstances : « C’est bien de venir au Maroc pour se rendre compte que chez nous aussi… »

Les différentes rencontres musicales

Ce que les étudiants en ont retenu :

K’libre (rap/slam) : l’énergie de ses jeunes, leur esprit d’ouverture et de solidarité se concrétisant dans des rencontres fédératrices et des actions revendicatives, la qualité des résultats obtenus avec des moyens du bord, les liens forts avec la tradition tout en se situant résolument dans la modernité

Taoufik Himmiche (initiation à la nouba) : la complexité et la richesse de cette musique (rythmes, modes, formes) ; le raffinement et la précision, perçus à travers l’interprétation d’une mélodie a priori simple…les comparaisons possibles avec notre musique ancienne et classique

Confrérie Aïssawa (musique berbère) : La puissance sonore de cette musique presque indissociable du mouvement et de la danse, sa force fédératrice dans les rassemblements festifs, son impact physique et mental pouvant mener jusqu’à la transe

Le collectage sonore

Ce travail demandé aux étudiants en vue de la fabrication de « cartes postales sonores » a eu un impact important sur leur façon d’approcher ce pays. Le fait de se promener avec un microphone et un enregistreur dans Meknès, les oreilles grandes ouvertes, leur a permis de collecter des matériaux sonores d’une grande diversité et d’une grande richesse, parfois à travers de rencontres insoupçonnées. Une berceuse enregistrée dans un restaurant, des jeux vocaux spontanés expérimentés dans l’acoustique très particulière des greniers de Moulay Ismaïl, des coups de klaxon et les sifflets des agents de police régulant une circulation toujours dense dans les rues, le chant des oiseaux dans le parc de l’institut Français…sont autant de pièces d’un mosaïque sonore à partager avec les enfants au retour dans les écoles françaises.

Touristes ou pas touristes ?

Les étudiants ont découvert avec émerveillement quelques richesses du patrimoine architectural marocain, dont la Medersa Bou Inania et le Mausolée de Moulay Ismaïl. Les appareils photos ont certainement autant servi que les enregistreurs.
Quelques uns sont vite devenus des habitués du souk de la médina, au plus grand bonheur des marchands d’instruments de musique – et de babouches.
D’autres ont découvert l’intérieur de certains endroits habituellement peu fréquentés par des touristes, qui un hammam, qui même une clinique hospitalière - suite à un évènement douloureux qui restera dans les annales !

Regrets

En dehors du regret d’avoir dû repartir (si vite !), certains étudiants ont exprimé leur déception de ne pas avoir pu aller dans des classes. Cet aspect leur a manqué pour avoir une image plus précise de la situation professionnelle de leurs collègues marocains. Ils auraient beaucoup aimé rencontrer des enfants et partager aussi avec eux des moments musicaux.
De même, une rencontre avec l’association Baïti (s’occupant d’enfants de la rue) n’a pas pu être organisée.


Souhaits et perspectives

De nombreux étudiants ont exprimé leur souhait que le retour en France n’ait pas marqué la fin, mais le début d’une aventure commune. L’envie est là de poursuivre des échanges.
En attendant de futures rencontres, en France ou au Maroc, la communication se fait par Internet. Certains s’apprennent mutuellement des chansons, à l’aide d’une web-cam.
Un blog contenant des centaines de photos ainsi que de nombreux fichiers son a été crée, dont voici l’adresse courriel : marocdumi@yahoogroupes.fr

Portails :