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Réunion de bilan avec les professeurs d’éducation musicale

Meknès
Institut Français

réunion de bilan avec les professeurs d’éducation musicale

vendredi 6 avril 2007
18h30

Présents :
Professeurs d’éducation musicale : Mrs. Adil Berrada, Ouafae Darif, Adil El Madade, Adil El Ouadi, Mohamed Essefi, Khalid Ezzaim

Inspecteur Pédagogique Régional d’éducation musicale : M. Taoufik Himiche

Responsable de l’Institut Français : Mme Nadine De Broas

Responsables du CFMI de Lyon : Mrs. Jean Andréo, Alain Desseigne, Pierre Flandin

Le document « Les professeurs d’éducation musicale des collèges du Maroc et les musiciens intervenants de France se donnent en concert » est remis par A.Desseigne, en début de réunion. Ce document reprend les objectifs poursuivis par ce plan de formation continue des professeurs d’éducation musicale des collèges de Meknès et des environs.

L’objet de la réunion est de donner la parole à chacun des partenaires marocains et français pour d’une part, évaluer si les objectifs énoncés ont été atteints et d’autre part, envisager des perspectives communes pour des suites éventuelles.

Quelques mots clés permettent de rendre compte des échanges au cours de ce bilan. On peut d’ores et déjà souligner la grande sincérité et la qualité de réflexion qui ont été à l’œuvre dans les prises de paroles des uns et des autres. L’ordre des points développés ci-après ne reprend pas l’ordre de la chronologie des échanges qui ont eu lieu au cours de ce bilan.

Le concert : un temps de formation
Ce rendez-vous final de fin de formation, aux dires de plusieurs professeurs, leur a permis de trouver le sens de tous les apprentissages effectués au cours des sessions de formation. Mêmes ceux qui étaient restés flous jusqu’alors se sont éclairés notamment dans le travail de mise en scène conduit par Brigitte Mercier. La réussite du concert permet de dire que l’objectif que le professeur de collège soit considéré comme un acteur artistique a été atteint. Concernant l’objectif d’échange entre les cultures, le partage musical a été au rendez-vous entre marocains et français sans qu’il s’inscrive dans une relation hiérarchique. Dans ce sens, la rencontre culturelle qui était un autre objectif du projet a eu lieu. La réussite du concert est convaincante aussi pour penser qu’une action de formation musicale, qu’elle s’adresse à des musiciens adultes et professionnels ou à des collégiens, doit déboucher sur un acte artistique que matérialise le concert. Il est apparu clairement que le concert est un vrai temps de formation et pas seulement un temps de restitution ou d’exposition des apprentissages musicaux en jeu pendant les sessions de formation. Ceci est vrai pour les professeurs et les musiciens intervenants mobilisés pour ce concert du 5 avril et bien sûr, cela l’est d’autant plus pour des enfants et des adolescents à qui l’on fait pratiquer la musique à l’école. Il a été souligné aussi que le travail sur la mise en espace du spectacle musical sous la conduite de Brigitte Mercier a placé les musiciens marocains et français au même niveau. En effet, les uns et les autres ont pris conscience de la dimension théâtrale que revêt leur propre jeu musical individuel (vocal ou instrumental) et ont compris que se présenter en groupe comme musiciens sur une scène avait à voir avec le théâtre. On pourra lire le compte rendu de la rencontre de Brigitte Mercier avec Nadine De Broas qui développe quelques points qui renvoient à ces prises de conscience partagées entre marocains et français. Plusieurs professeurs ont insisté pour dire que le concert était à considérer comme un point de départ et non comme un point d’arrivée.

Le professeur d’éducation musicale de collège : un nouveau métier
L’Institut Français et le CFMI ont souligné la difficulté d’accompagner pas à pas ce groupe de stagiaires au cours des deux ans. L’individualisme de la profession a été soulignée donnant le sentiment d’un chacun pour soi difficile à gérer au fil des mois. Il faut rappeler que le groupe de stagiaires, lors de la 1ère session de formation en 2005, était composé de 16 professeurs. A l’arrivée, 8 professeurs constituent ce que l’on s’est mis à appeler le « noyau dur » de la formation. Ainsi, face à cette érosion du nombre de stagiaires, l’Institut en accord avec l’Inspection de l’éducation musicale marocaine et le CFMI de Lyon ont décidé de ne faire reposer cette formation que sur le seul volontariat et accepté ainsi que l’action se poursuive avec un nombre moindre de professeurs. Un autre décision aurait pu être prise face à cette forme de « désertion » de l’action de formation : l’interrompre. Ce qui n’a donc pas été le cas. On ne peut que se réjouir, au terme de cette opération, que 8 professeurs se soient inscrits dans un vrai processus de formation dont le concert est un beau témoignage. La nouveauté du corps des professeurs d’éducation musicale de collège a été invoquée pour expliquer ce type de comportement assez individualiste. L’éloignement de Meknès des lieux d’affectation (jusqu’à 30 kms) de certains professeurs a pu aussi être aussi la cause de quelques abandons même si certains professeurs assidus ont été des contre-exemples.

Un format de formation exemplaire
Le CFMI a rappelé que 6 missions pour 9 formateurs ont été prises en charge par l’Institut Français entre 2005 et 2007. Il est clair que ce plan de formation a connu des conditions optimales pour déboucher sur le concert du 5 avril. Il est rare, même en France, de pouvoir conduire une action de formation sur plus de deux ans dans la continuité, donnant ainsi rendez-vous d’une session à une autre à un même groupe de stagiaires volontaires. Il faut noter aussi que ces sessions de formation se sont réparties de façon égale entre temps scolaire et temps extra-scolaire. La qualité de l’engagement des 8 professeurs volontaires notamment sur les périodes placées hors temps scolaire a été soulignée.

La philosophie de la formation musicale
Les étudiants ont relevé de façon unanime que ce qui ressortait des différentes phases du plan de formation pouvait se résumer ainsi : il est essentiel que la pratique musicale soit première dans les situations d’enseignement que les professeurs ont à conduire. Autrement dit, il faut être convaincu que c’est en pratiquant la musique, qu’on apprend la musique. Le passage par la théorie et par la connaissance doit être second et s’appuyer sur l’expérience musicale que l’on permet aux enfants et aux adolescents d’avoir dans le cadre du cours d’éducation musicale à l’école. L’inspecteur pédagogique régional en éducation musicale a insisté sur cette posture du professeur qui est avant tout un praticien de la musique. Il a fait état des inspections au cours desquelles il conseille régulièrement aux professeurs d’apporter, de façon systématique, leur instrument en classe. Il regrette d’être obligé « d’enfoncer ainsi le clou » sur la priorité de la pratique par rapport à la théorie qui ne peut et ne doit, de son point de vue, que découler de ces temps de pratique musicale. C’est pourquoi, il croit beaucoup à la mise en place d’une formation continue des professeurs d’éducation musicale de collèges telle qu’elle a pu être mise en œuvre à Meknès en collaboration avec l’Institut Français et le CFMI de Lyon. Le suivi que les formateurs français ont réalisé dans les classes de collèges a confirmé que les collégiens marocains entraient sans difficulté dans une pratique musicale à laquelle ils adhéraient avec enthousiasme en passant par le jeu. Les formateurs français ont salué la qualité d’implication de ces jeunes professeurs qui les ont accueillis avec simplicité dans leurs classes. Ils n’ont pas hésité à se lancer avec leurs élèves sur des pistes de travail qu’ils n’avaient pas l’habitude d’emprunter. Ainsi des transferts entre le stage proprement dit et la pratique pédagogique en classe ont déjà pu être constatés. On notera l’originalité de ce dispositif de formation continuée qui prévoit que les formateurs puissent aller observer les stagiaires en situation professionnelle et accompagner ainsi le réinvestissement des apports de la formation.


Le corporel et la pratique du rythme
Les professeurs en formation ainsi que l’inspecteur pédagogique régional ont fait ressortir que l’apport dans le domaine des percussions corporelles et plus largement d’une pratique du rythme en considérant son corps comme un instrument avait été pour eux essentiel au cours de ces deux années de formation. Cette façon d’envisager la pratique du rythme pour eux-mêmes et pour leurs élèves sans avoir recours aux instruments (derbouka – tar – bendir - …) a été très nouvelle. D’une façon générale, l’implication du corps dans les apprentissages musicaux a été une sorte de révélation. L’inspecteur d’éducation musicale, faisant état de ses inspections, a noté qu’il n’observait pratiquement jamais de séquences d’activité rythmique dans les collèges qu’il visite. Il le regrette d’autant plus que la musique marocaine est vraiment très riche sur le plan rythmique et qu’il est vraiment dommage de ne pas savoir comment mettre en place une pratique de ces rythmes avec les élèves. Les propositions apportées par les formateurs français lui paraissent ouvrir des possibilités d’exploitation avec les musiques marocaines. Elles méritent que d’autres formations leur soient consacrées.

La tradition et la création
Force est de constater que cette découverte réciproque de répertoires issus de traditions musicales différentes a été appréciée par les musiciens marocains et les formateurs français. Les découvertes ont été fortes et comme l’a dit un professeur, les musiques traditionnelles d’Auvergne n’ont pas pratiquement plus de secret pour les professeurs de Meknès. L’enrichissement, a souligné un formateur français, n’est pas d’ordre économique mais d’ordre personnel, culturel et affectif : on sort à tout jamais différent de ces temps de formation que l’on soit stagiaire ou formateur. Par ailleurs, force est de constater que l’aspect des démarches de création et d’invention qui ont été au cœur de ce temps de formation a fait l’objet de peu de remarques de la part des stagiaires. Ces derniers ont semblé mieux percevoir les qualités d’inventivité dont doit faire preuve un professeur en comprenant l’originalité et l’importance du travail de la mise en scène du concert final. La construction du spectacle sous la conduite de Brigitte Mercier leur a démontré combien il était important d’être en capacité de faire des propositions et d’inventer des réponses sur le champ tout en gardant l’exigence musicale de l’interprétation.

L’évaluation du projet de formation
Un formateur français a insisté sur le fait qu’évaluer le projet en se limitant à la seule réussite du concert final était réducteur. Il a souhaité qu’on évalue l’énergie qu’il a fallu dépenser pour l’organisation du spectacle. Dans le cas du concert du 5 avril, l’excès de fatigue lui paraît démesuré par rapport aux résultats. Il lui semble important d’être conscient de tous les éléments qui ont concouru à cette réussite partagée tant du spectacle final que des sessions de formation : l’adaptation aux besoins en formation des stagiaires – l’exigence musicale et artistique – la recherche de répertoires originaux – le sens des apprentissages – une pédagogie dans le stage en accord avec le propos développé sur les démarches d’invention – la régie du son – la mise en espace et en scène – les calages musicaux – les prises de son – la diffusion – les arrangements musicaux – la conduite des répétitions – la construction du programme musical – le partage des compétences dans une équipe – … Ce niveau de réflexion est pour ce formateur très essentiel à atteindre si l’on veut faire mieux comprendre la fonction d’une profession comme celle de professeur d’éducation musicale dans un collège ou celle de musicien intervenant à l’école. C’était une dimension importante de la formation qui s’achève que d’avoir réfléchi à rendre son métier plus lisible pour les différents partenaires avec lesquels il faut nécessairement travailler notamment quand on veut créer un événement artistique comme un concert.

L’autonomie des cadres
Ce qui est en jeu pour le CFMI et qui est une préoccupation constante des collaborations mises en place par l’établissement, depuis 15 ans, avec les Instituts Français du Maroc et les partenaires éducatifs et artistiques du Maroc, se résume à une expression : viser l’autonomie des cadres marocains. C’est pourquoi, le plan de formation des deux années écoulées a mis l’accent sur une réflexion de fond qui vise une lucidité sur le positionnement des professeurs d’éducation musicale de collèges dans les cadres éducatif et artistique mis en place par la société marocaine. Il s’agit pour le CFMI que les professeurs soient capables, à l’issue d’une telle action de formation, de prendre des initiatives et de donner corps à leurs envies en sachant qu’ils devront miser sur le collectif plus que sur l’individuel. L’organisation de rencontres musicales de classes de collèges paraît être un objectif que peuvent se fixer les professeurs qui ont suivi le cursus de formation organisé en collaboration avec le CFMI. L’Inspecteur pédagogique régional en éducation musicale a confirmé son souhait personnel que ces rencontres voient le jour. Il est volontaire pour assurer la coordination de telles initiatives. La question qui est posée notamment aux responsables marocains (cf compte rendu de la rencontre avec M. El Ouardi de l’AREF) est de permettre la démultiplication de ces initiatives. La reconnaissance des professeurs volontaires qui accepteront de jouer un rôle pour favoriser ces rencontres musicales entre collèges mérite la constitution d’un réseau de professeurs-relais. Ces professeurs ainsi reconnus pourraient aider l’inspecteur pédagogique régional à coordonner ces manifestations artistiques. M. Himiche s’est engagé à transmettre un rapport sur l’action de formation continuée (2005/2007) des professeurs d’éducation musicale des collèges de Meknès et sur la réalisation du concert d’avril 2007 au Ministère de l’Education Nationale et à l’Académie Régionale de l’Education et de la Formation de Meknès.

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