Accueil » Musicologie / » CFMI » Echanges internationaux » Maroc 2007 » Rabat - mars 2007
Trois semaines à Rabat : bilan de Jean-Paul DELON - responsable de Formation
Jean-Paul Delon
Responsable de formation au CFMI de Lyon
Bilan de trois semaines à Rabat…
Il semble nécessaire de rappeler que la richesse et l’intérêt d’un projet tel que les « Mômeludies de Rabat 2007 » vient de l’articulation entre une action de formation professionnelle et la réalisation d’un événement artistique. Revenons sur les éléments qui ont permis que soient atteints la plus grande partie des objectifs d’un projet dont la complexité pouvait présenter un certain nombre de pièges :
L’engagement de l’Institut Français de Rabat a permis d’une part l’accompagnement des actions dans de bonnes conditions matérielles. D’autre part, le professionnalisme et la disponibilité de M. Stéphane Le Fur, attaché de coopération pur le français, ont été reconnus de tous, que ce soit au niveau de la conception, de l’organisation ou encore de la communication.
Le CFMI de Lyon, en plus de vingt ans de pratique, a acquis un savoir-faire certain, à la fois dans le montage de projets de formation ou bien dans la réalisation de spectacles mettant en scène des enfants.
Le CPR et l’AREF ont fait en sorte que toutes les actions de formation prévues puissent se dérouler dans une organisation qui a bien fonctionné.
Les élèves et les enseignants de l’école des Oudayas dont le niveau d’implication a été très important.
Du côté des étudiants du CPR
Ce parcours de formation de trois semaines a pu se décliner autour de trois axes dont les volumes horaires ont pris alternativement une place plus importante :
1 - Apporter aux professeurs stagiaires une formation pédagogique qui devait d’une part les aider à se lancer dès que possible dans des séances musicales auprès d’élèves du primaire, et d’autre part témoigner de l’expérience acquise depuis vingt ans par le CFMI dans le domaine de la pratique musicale à l’école. Les contenus ont porté sur :
La fourniture d’une abondante documentation à la fois pédagogique et artistique.
Les techniques d’apprentissage d’une chanson et l’échauffement vocal.
La pratique rythmique et corporelle.
La découverte d’un petit répertoire abordant trois directions : « maternelle et petite enfance », « musiques traditionnelles d’expression française », « les grands auteurs de la chanson française ».
La pédagogie de l’observation dans une classe, à la fois au niveau de l’enfant et au niveau de l’adulte.
L’écoute de chansons pour enfants, avec un regard centré sur l’importance que prennent dans ces productions les notions d’arrangement, d’orchestration et d’accompagnement harmonique.
L’écoute d’une production d’enfants, en l’occurrence un conte électroacoustique, qui a permis d’aborder les thématiques propres à la création musicale à l’école, dans une esthétique proche de certaines musiques de la seconde moitié du 20ème siècle.
Une brève présentation du système éducatif français qui, tout en confiant la responsabilité de l’éducation musicale à l’instituteur, permet la collaboration avec les professionnels que sont les musiciens intervenants.
2 – Conduire des actions dans les écoles : Dans un premier temps, les professeurs stagiaires ont pu observer une séance conduite par Mme Laetitia Pauget, du CFMI, dans une classe de l’école des Oudayas, suivie d’un temps d’analyse et de retour sur la pratique. Puis, tout au long des trois semaines de formation, ceux-ci ont pu, dans quatre autres écoles de la ville, tenter des activités musicales dans les classes. Les professeurs stagiaires, répartis par groupes de deux, ont ainsi pu pratiquer, observer leur collègue, et ensuite échanger avec leurs conseillers pédagogiques qui les suivaient pendant tout le dispositif. Lors de la troisième semaine, les équipes étaient constituées d’un élève professeur marocain et d’un étudiant français, avec un accompagnement des formateurs du CFMI.
3 – Conduire jusqu’au bout un projet artistique avec des enfants : cette action est véritablement à considérer comme un temps de formation dans la mesure où d’une part les temps de répétition au CPR ont permis d’aborder entre autres les questions relatives au réarrangement d’une chanson traditionnelle de France, et d’autre part les élèves professeurs ont pu se mettre en direct en contact avec les éléments méthodologiques et logistiques qui permettent à un concert d’enfants et d’adultes de cette ampleur et de ce niveau de complexité d’aboutir dans les meilleures conditions.
4 – Les questionnements
Le dépouillement des bilans écrits produits par les professeurs stagiaires en fin de première semaine laisse apparaître plusieurs éléments communs :
Le travail autour de la pédagogie de l’apprentissage de chansons a rencontré un intérêt manifeste.
L’observation de la séance de Mme Laetitia Pauget a aussi été vécue comme un temps fort de la première semaine.
Le temps de pratique dans les classes primaires a été vécu comme une expérience riche et nouvelle, et de nombreux élèves professeurs ont fait part de leur surprise et de leur satisfaction d’avoir vu des élèves entrer rapidement dans les apprentissages. La question importante de l’intérêt de l’éducation artistique en direction des élèves en difficulté a été soulevée à plusieurs reprises.
La question de la « théorie musicale » est souvent posée, dans la mesure où les professeurs stagiaires se positionnent avant tout par rapport au collège.
Le bilan oral de mi-parcours de la semaine du concert (voir page 16) témoigne bien de la valeur et de l’intérêt des échanges que la constitution des équipes de deux a permis de mettre en place.
Du point de vue du formateur, plusieurs questions sont encore ouvertes :
- L’intérêt d’une entrée des enfants en musique par une véritable pratique artistique, incluant les domaines de l’imaginaire, du corps dans l’espace et de l’invention, et permettant néanmoins de mettre en place des apprentissages, a été abordé tout au long de ce parcours, au même titre que la dynamique d’une pédagogie de projet, comme notamment la réalisation d’un concert « Mômeludies », avec toutes les exigences de qualité qu’il nécessite. Les élèves professeurs vont maintenant pouvoir mettre ces pratiques en perspective avec le contenu de la formation qu’ils reçoivent pour enseigner en collège, et qui leur demande un peu plus de mettre en œuvre un programme d’apprentissages précis.
Les premières tentatives des élèves professeurs dans les classes élémentaires ont bien montré combien est un travail de longue haleine la construction d’une pédagogie qui allie plaisir de travailler ensemble et exigence à la fois artistique et d’apprentissages, dans la mesure où on peut être tenté soit de reproduire des schémas de « cours magistral », soit de basculer vers des séances de seul divertissement construites à base de jeux se pratiquant dans les centres de loisirs. Il faut cependant souligner le sérieux avec lequel les élèves professeurs se sont « jetés à l’eau » dans un milieu qui leur était inconnu, celui de l’école élémentaire, d’autant plus qu’ils étaient sous le regard de formateurs, et combien leur appréhension du début s’est transformée en satisfaction à la fin du projet. Certains professeurs stagiaires ont essayé de réinvestir tout de suite les contenus des trois premiers jours de la formation. D’autres se sont appuyés sur les acquis de leur pratique antérieure d’enseignant, d’animateur ou de chef de chœur. D’autres enfin ont pu prendre conscience de leur rôle en tant que musiciens, soit en offrant de petits moments musicaux aux élèves, soit en s’appuyant sur une interprétation et un accompagnement de chansons du patrimoine déjà connues par les enfants.
Les premiers contacts entre les élèves de l’école des Oudayas et les élèves professeurs ont permis à ces derniers de prendre conscience de la qualité du travail accompli et de l’étendue de leurs possibilités vocales, dans la mesure où le répertoire choisi était d’une bonne exigence artistique et dans une langue qu’ils maîtrisent mal.
- Tout au long de cette formation, des temps de retour, régulation, prises de parole, échanges et bilan ont pu être dégagés. Le CFMI croit beaucoup dans l’intérêt formatif de ces moments, et le formateur qui a suivi les élèves professeurs tout au long des trois semaines du parcours a pu constater combien ils ont aussi pris conscience de l’importance de ces dispositifs et combien la qualité de leur prise de parole a pu progresser.
Du côté du CFMI
Un projet de cette ampleur demande souvent deux années de travail dont une phase de réalisation plus visible qui intervient au cours des six derniers mois. Durant cette période de concrétisation, un nombre important de formateurs est intervenu, et il est essentiel de noter combien le CFMI a acquis une certaine expertise sur la qualité du relais que chaque formateur est amené à effectuer, prolongeant les acquis engrangés par son prédécesseur pour faire avancer le projet avant de laisser la main à son successeur : cette capacité à s’adapter et à communiquer a permis un avancement sans heurt majeur : conception, travail d’apprentissage des chansons, formation des élèves professeurs, mise en scène du concert et des nombreux déplacements, direction de plateau lors des répétitions, soutien logistique, technique son et lumière … Cette aptitude à apporter sa pierre à un projet collectif témoigne bien d’une culture commune acquise au fil des années.
Cette prise de relais se manifeste aussi au niveau de la construction progressive du répertoire du concert (chansons du catalogue Mômeludies, musiques traditionnelles revisitées, pièces du monde arabe, chansons choisies par les étudiants eux-mêmes) qui, s’il peut prêter le flan à des critiques concernant un certain manque d’unité, a au moins le grand avantage d’avoir su respecter un certain équilibre entre les propositions et les sensibilités de chacun des partenaires ayant participé à son élaboration.
Du côté des étudiants du CFMI, l’organisation d’un voyage d’études situé vers la fin du cursus de formation met souvent en place un processus de décentration sur leur propre pratique, notamment grâce à la découverte d’une autre culture. Le programme de la semaine a ainsi été d’une grande densité, afin de permettre les activités suivantes :
Une découverte de Rabat et de ses richesses culturelles.
Des temps de rencontre avec leurs collègues marocains qui leur permettent non seulement de travailler pour le concert, mais aussi des temps d’échange sur leurs pratiques professionnelles et l’occasion de faire de la musique ensemble pour le plaisir.
Un travail musical avec des classes d’écoles primaires de la ville, sur la base d’une co-intervention en binômes franco-marocains.
Des temps de répétition du programme avec les enfants à l’école des Oudayas.
Deux jours au théâtre Mohamed V permettant répétitions, générale et spectacle.
L’aspect ambitieux de ces objectifs n’a pas permis de les remplir tous dans des conditions égales : les étudiants ont trouvé par exemple très enrichissantes les expériences pédagogiques dans les classes et auraient à juste titre souhaité pouvoir y consacrer plus de temps. De même, ces séances auraient aussi pu bénéficier aux élèves de l’école des Oudayas, ce qui aurait pu installer d’autres modes de communication entre les enfants et les jeunes adultes. La priorité a été accordée à la réussite du concert, objectif légitime vu l’enjeu qu’il représentait, mais forcément demandeur d’un temps important, y compris dans le temps de préparation au voyage qui a été consacré non seulement à l’apprentissage et aux répétitions des pièces du concert, mais aussi à une découverte des musiques du monde arabe grâce à un stage de deux jours avec le luthiste Khaled Ben Yahia.
Les étudiants du CFMI, de même que leurs collègues marocains, ont su se mobiliser avec professionnalisme, et parfois dans des conditions difficiles (pluie, froid …) en vue de la réussite d’un projet qui était conçu pour eux comme un véritable temps de formation professionnelle, dans les deux directions suivantes :
Le fait de vivre de l’intérieur une réalisation artistique mettant en scène à la fois des enfants et des adultes devait leur permettre d’en décrypter les principaux mécanismes : les formateurs du CFMI, qui assisteront aux événements artistiques organisés en fin d’année par les étudiants sur leurs lieux de stages pourront vérifier si des transferts sont mis en œuvre.
La prise en main de l’organisation du projet par les formateurs n’a cependant pas manqué de laisser la place à de nombreux moments où les étudiants ont dû mobiliser leurs compétences d’organisation et de recherches de solutions collectives en face de situations imprévues, deux compétences qui leur seront souvent demandées dans leur futur métier.
Sur le terrain des écoles
Du côté des écoles qui ont accueilli les séances musicales, il convient de remarquer combien la participation des enfants aux activités proposées par les professeurs stagiaires et les étudiants a été soutenue : l’éducation musicale n’étant pas au programme de l’enseignement primaire public au Maroc, toutes les séances ont été vécues comme une nouveauté, et la motivation des élèves a été acquise jusqu’au bout d’interventions parfois très longues. Ces propos ne signifient absolument pas que les enfants sont vierges de tout passé musical : l’unisson est souvent acquis, une émission vocale non forcée est assez facile à atteindre au moyen de quelques jeux vocaux, et tout le travail rythmique entrepris autour des percussions corporelles a témoigné d’une bonne maîtrise antérieure de la pulsation. Nous avons donc un potentiel énorme dans les écoles, et l’enthousiasme manifesté par les directeurs d’école à la fin de cette expérience a été manifeste.
La question qui reste posée est celle de la participation de l’enseignant : le dispositif choisi les a simplement conduits à « prêter leur classe », car il aurait été sûrement trop lourd de le penser autrement, et peu d’entre eux ont essayé soit de participer aux séances soit de faire témoigner pour étudiants de chansons déjà apprises en classe. La question du développement de l’éducation musicale à l’école primaire ne pourra évidemment pas se traiter sans une réflexion profonde sur le rôle et la formation des enseignants du primaire.
A l’école des Oudayas, le bon niveau de qualité atteint par la prestation des enfants interroge beaucoup le formateur : Devant un répertoire d’un niveau d’exigence assez élevé, qui de plus apportait le piège de la barrière de la langue, les élèves ont fait part d’une justesse, d’un sens de la tonalité et du tempo, d’une mémorisation et d’une autonomie étonnants : les deux classes des plus grands ont ainsi parfaitement assuré sur scène leurs chansons avec une mise en scène demandant de nombreux déplacements et sans aucune direction d’adulte. Le mode d’apprentissage qui s’appuie sur un sens très appuyé de la répétition, qui démobiliserait assez rapidement les élèves des écoles françaises, semble ne susciter chez les élèves marocains aucune lassitude, ainsi qu’en témoignent les rassemblements sous le préau au cours desquels toute l’école entonne chaque jour les mêmes chansons avec une énergie toujours renouvelée.
Du côté de l’équipe enseignante, la prise de conscience de l’enjeu et de la chance que pouvait apporter ce projet pour l’école est rapidement montée en puissance, et les nombreuses tâches d’organisation ont été bien assurées. Il convient aussi de remarquer combien il était nécessaire que les formateurs du CFMI ne dépossèdent pas les enseignants de la direction des chœurs d’enfants sur scène le jour venu, mais au contraire les guident en amont pour qu’ils puissent remplir ce rôle valorisant, et bien sûr continuer à l’assurer dans la suite de leur carrière.
Musicologie /
-
<:chevron:>
CFMI
- Actualités
- DUMI : Diplôme Universitaire de Musicien Intervenant à l’école
- Le métier de Musicien intervenant
- La formation professionnelle continue
- DUMUSIS : Diplôme Universitaire de Musicien Intervenant Spécialisé
- La VAE : Validation des Acquis de l’Expérience
- <:chevron:>Echanges internationaux
- Ressources
- Mômeludies Éditions
- Archives
- Accès
- Département Musique et Musicologie
