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Les musiciens intervenants : qu’attend-on de ces acteurs culturels à l’échelle d’une région comme Rhône Alpes ?

Intervention de Mme Laure MARCEL-BERLIOZ, Conseillère à la musique et à la danse de la Direction des Affaires Culturelles de la Région Rhône-Alpes

qu’attend-on
de ces acteurs culturels
à l’échelle d’une région
comme Rhône Alpes ?

Intervention de Mme Laure MARCEL-BERLIOZ

Conseillère à la musique et à la danse de la
Direction des Affaires Culturelles
de la Région Rhône-Alpes


Avant d’aborder le sujet proposé, un grand merci à Alain Desseigne et Ridha Ben Mansour de m’avoir associée à cette expérience d’échange absolument passionnante.
Je placerai mon propos en continuité avec l’intervention d’André Dubost qui a situé très remarquablement la problématique de l’intervention en milieu scolaire et son histoire.

Je souhaite commencer par dresser un bref tableau de la période que nous connaissons, d’un point de vue institutionnel, en insistant sur le fait que le temps institutionnel est un temps long, les idées nouvelles ont besoin d’une durée pour s’imposer ; les questions restent les mêmes, alors que les contextes se transforment.

Contextes en transformation

Nous sommes placés en France dans un contexte dont la spécificité nous échappe parfois, où les questions d’éducation artistique relèvent de nombreux partenaires publics.

La période actuelle voit se mettre en place de sérieuses transformations liées à la décentralisation, c’est-à-dire que certaines responsabilités en charge de l’Etat vont être transférées aux collectivités territoriales, et ces changements dont les conséquences sont encore inconnues, provoquent assez naturellement des inquiétudes.

Parmi les partenaires publics de la musique à l’école, l’Etat est le premier interlocuteur, figuré avant tout par le ministère de l’Education Nationale, vieux de plus d’un siècle et demi, qui assure l’enseignement gratuit et obligatoire à tous les petits français. Mais l’histoire a fait que l’éducation artistique, même si la musique est encore une matière obligatoire, est toujours restée un parent pauvre, malgré des lois et des réformes. Il existe de très nombreux textes, décrets et circulaires sur la question, mais les résolutions ne sont pas souvent suivies de changements dans la réalité.
Tout ce qui concerne la formation des maîtres, ne bénéficie plus de beaucoup de temps de formation. Dans les collèges des postes de professeurs qualifiés existent, mais ils sont en constante diminution.

Le Ministère de la culture, créé en 1959, n’a pas encore un demi siècle, il fait figure de petit poucet dans ce paysage, il assure quant à lui la tutelle de ce qu’on appelle « les enseignements spécialisés » c’est-à-dire des conservatoires et de l’intervention en milieu scolaire, il organise les diplômes d’enseignants de conservatoire et leur formation, il apporte des financements pour de nombreuses actions de formation.

Depuis plus d’une vingtaine d’année, le développement de l’éducation artistique du plus grand nombre a été une véritable conviction partagée par les deux ministères, et de nombreuses procédures ont été mises en place, que l’on appelle souvent le mille feuilles, tant il y a eu de dispositifs et de mesures dont les nombreux sigles se sont succédés ou superposés : PAE, Pacte, PLEA, PAC, permettant d’apporter des financements pour des projets les plus divers ; le principe de ces actions consiste en l’intervention d’artistes auprès des classes.

Les disciplines concernées par ces actions de sensibilisation sont toujours plus nombreuses, au-delà des historiques musique et arts plastiques, tous les domaines imaginables de la danse au théâtre en passant par le cirque, le cinéma, l’ethnologie, la découverte des monuments historiques, l’archéologie, les arts culinaires… il n’y a pas de hiérarchie ni de distinction entre toutes ces offres.

La conséquence de ces dispositions est d’une part que les enfants ne disposent pas de temps pour aborder l’ensemble de ces matières, et par ailleurs les moyens n’y sont pas non plus. On imagine désormais que dans le cadre de leur éducation, les enfants n’auront plus accès qu’à « un parcours » au cours duquel une sensibilisation culturelle leur sera donnée en leur présentant un très grand nombre de domaines d’activités, mais en aucune manière une éducation d’aucune sorte ne leur sera prodiguée dans un domaine quelconque, et pas non plus de la musique, en tout cas du point de vue des offres permanentes et obligatoires.

Il y a un paradoxe dans le fait que l’éducation culturelle est en train en quelque sorte de supprimer l’éducation musicale obligatoire dans notre pays. Le multiculturel ne laisse pas sa place à la musique.

Je pense qu’il faut considérer ce phénomène en l’analysant, et défendre le point de vue de l’importance de l’éducation musicale et de la pratique de la musique systématique dans la formation des enfants.

Le mouvement en cours s’inscrit dans notre époque où le rôle de l’Etat est en retrait. Les accords européens visent à moins d’intervention de l’Etat et à la réduction des dépenses publiques.
De nouvelles responsabilités sont dorénavant données aux collectivités territoriales, c’est-à-dire les communes, les Départements et les Régions. Il s’agit maintenant de trouver une nouvelle place à la musique notamment dans le cadre de cette décentralisation.

On sait que de tout temps et à toutes les époques, le regard rétrospectif a tendance à considérer les évolutions comme des dégradations, mais ne sait pas considérer les nouvelles acquisitions qui sont en train de se constituer. Il ne faut pas considérer les évolutions comme des régressions mais comme des transformations. Le changement du monde est toujours difficile à analyser, et je pense qu’il faut éviter d’y porter un jugement de valeur, mais plutôt d’essayer de déceler les éléments positifs qui vont se dégager du nouveau paysage qui est en train de se dessiner.

La période qui s’ouvre

Cette période historique particulière est marquée par une nouvelle phase de décentralisation. En 1983, les textes avaient déjà donné des compétences en ces matières aux collectivités, mais sans leur faire d’obligation. Nous héritons heureusement de tout le travail de développement qui a été mené depuis plus de vingt ans et par lequel le paysage s’est beaucoup transformé.

La loi du 13 août 2004 modifie l’organisation française, donnant un rôle plus important aux collectivités territoriales et notamment à l’échelon départemental avec la responsabilité d’un « schéma départemental » qui porte sur l’organisation de l’enseignement spécialisé, c’est-à-dire des écoles de musique et conservatoires, mais aussi pour l’éducation artistique en général.

L’organisation de l’enseignement de la musique va se transformer, autour des écoles de musique, dont le rôle est précisé et élargi, et à qui est rattachée l’intervention en milieu scolaire, seule fonction qui permette une éducation d’un public large.

On relève en France dans les écoles de musique qu’une tradition ancienne privilégiant une pratique instrumentale individuelle, malgré de nombreuses réformes, n’est pas encore réorientée. Les enseignements instrumentaux sont dispensés dans la tradition par des professeurs très spécialisés.

De très nombreux enfants se lancent dans un cursus exigeant comportant de nombreuses heures d’études pendant de longues années ; mais ils mettent de côté au moment de l’adolescence ces savoirs qu’ils ont acquis.

Or peu est fait, peu est imaginé pour chercher ces jeunes qui ont des acquis et leur proposer des activités collectives qui soient plus en rapport avec leurs goûts et leurs possibilités matérielles liées à l’organisation des études.

Nous avons dans toutes ces dimensions un travail d’invention à élaborer de nouvelles formes imaginatives, des nouveaux terrains à investir par des musiciens intervenants.

La région Rhône Alpes dispose d’un contexte particulièrement intéressant en ces matières. Avec plus de cinq millions d’habitants, elle peut être comparée à des pays comme la Belgique ou la Suisse, elle dispose d’un réseau très important d’institutions de formation, comme le conservatoire supérieur de musique et de danse, le CFMI et le Cefedem et un grand réseau d’écoles de musique. Nous bénéficions de centaines de musiciens qualifiés formés à travailler tant avec les professeurs des écoles qu’avec des artistes et des institutions culturelles dans des projets avec les enfants.

Le rôle des musiciens intervenants est particulièrement complexe et délicat car on ne leur demande pas un travail solitaire cantonné au cadre d’une classe, mais de mettre en œuvre la musique dans l’idée qu’elle soit partagée , avec les enfants bien sûr, mais aussi avec les enseignants, des musiciens professionnels invités, des compositeurs, en associant les forces artistiques présentes sur le terrain, théâtres, centres culturels écoles de musique.

Ces musiciens intervenants sont des médiateurs, des passeurs de musique, ils nous montrent le chemin de cette nécessaire coopération des acteurs pour l’éducation artistique.

D’autres disciplines artistiques , comme les arts plastiques, la danse ou le théâtre, regardent désormais avec beaucoup d’intérêt cette manière de fonctionner et souhaitent s’en inspirer pour construire le développement de la présence de leurs arts à l’école.

Dans notre pays qui est marqué par la crise du spectacle vivant, les pouvoirs publics sont particulièrement mobilisés autour des enjeux de l’emploi et de la professionnalisation, il est essentiel de faire entendre les valeurs que représente la Musique.

Dans une société qui évolue en permanence, et semble privilégier le consumérisme et les produits standardisés , il est toujours plus essentiel d’apprendre au futur citoyen l’autonomie dont il est capable, la construction en équipe, la complexité d’un geste de création, le plaisir et la joie du résultat d’un œuvre accomplie ensemble.

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