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En un mot comme en cent, c’était bien, mais encore ... ?

En un mot comme en cent,

c’était bien

mais encore …. ?

C’était bien, c’était super, magnifique voyage, très bel échange, à refaire, très bonne expérience, super précieux comme voyage … ; voilà quelques mots parmi d’autres prononcés par les étudiants du CFMI pour rendre compte du voyage d’études à Sfax qui a eu lieu du 1er au 9 avril 2006.

Se satisfaire de ces qualificatifs serait insuffisant pour rendre compte véritablement des enjeux d’un tel voyage ; c’est pourquoi, les étudiants ont précisé leur pensée en apportant des éléments d’analyse, lors d’une séance de bilan organisée au retour au CFMI.

L’analyse des étudiants que l’on pourra lire dans ce document porte essentiellement sur les séances d’éducation musicale dans les écoles primaires de Sfax. Elle s’appuie sur la feuille de route que le CFMI leur avait remise : La séance musicale : comment continuer dans les écoles de Sfax ? suite à la venue des étudiants tunisiens en France en mars 2006. La réflexion des étudiants a cependant dépassé le seul cadre des séances à l’école pour aborder la philosophie générale qui préside à l’organisation par le CFMI d’un tel voyage d’études.

D’ores et déjà, et avant d’entrer plus avant dans cette réflexion, l’équipe des responsables permanents du CFMI souligne la grande simplicité de relations tant professionnelles qu’amicales qui a été à l’œuvre au cours des deux séjours. La qualité d’écoute et d’adaptation dont ont fait montre les étudiants a donné à cet échange une dimension où tout a semblé naturel et spontané. Comme dans toute aventure humaine, il existe certainement des points plus en creux mais les aspects positifs l’ont nettement emporté sur les quelques bémols entendus ici ou là.

La présence d’André Dubost* et de Laure Marcel-Berlioz*, deux acteurs importants de l’éducation artistique des enfants et de la formation des musiciens intervenant à l’école en France, a donné une tonalité au voyage que les étudiants ont bien ressentie. L’intervention de ces deux personnalités, lors de la journée de réflexion que l’ISM de Sfax a organisée en collaboration avec le CFMI sur la musique à l’école primaire, le vendredi 7 avril, confirme qu’un tel voyage répond à des objectifs qui concernent la formation des futurs musiciens intervenants et, en même temps, les dépassent pour faire advenir des prolongements féconds de l’échange entre les deux pays.

* André Dubost est Inspecteur Général de la Musique du Ministère de la Culture. Il est le fondateur des CFMI et des CEFEDEM : centres de formation des musiciens intervenant à l’école et des musiciens enseignants des écoles de musique

* Laure Marcel-Berlioz est Conseillère à la musique et à la danse auprès du Directeur des Affaires Culturelles de la Région Rhône-Alpes. Elle suit, au titre du Ministère de la Culture, les dossiers qui font le quotidien du CFMI de Lyon. : notamment les orientations artistiques et pédagogiques et le budget de l’établissement

Quelques formules prononcées par les étudiants ou par des membres de l’équipe du CFMI lors de la séance de bilan évoquée permettent de rendre compte des questions, des avis, des remarques, des opinions, des réflexions que les séances musicales animées dans les écoles primaires ont suscités. Nous les livrons, dans un premier temps, au lecteur, telles qu’elles ont été formulées, en lui laissant le temps de la réflexion avant de fournir les éléments qui ont constitué l’échange entre les étudiants et les responsables du CFMI :

Un voyage d’études n’est pas un voyage humanitaire

Une affaire de compagnonnage entre l’étudiant français et l’étudiant tunisien

La pédagogie du non-verbal : une chance quand on ne sait pas parler la langue du pays

Les activités de création et le non-verbal ne font pas bon ménage

La création : un terrain privilégié de collaboration et de jeu à développer dans les écoles de Sfax

L’écrit : l’occasion d’opérer une distance entre l’action pédagogique, sa conception et son analyse

La liberté de conception de l’écrit pratiquée au CFMI n’est peut-être pas opérationnelle pour les étudiants tunisiens

La musique au cœur de la vie des tunisiens ou la simplicité de l’acte musical sans se poser trop de questions

Les références culturelles auxquelles renvoie une pratique de la création à l’école : en deux fois une semaine, c’est bien court pour construire ces nouvelles références

La partition Mômeludies « Qui dit Bulle » jouée par les étudiants français et tunisiens : on est à des années-lumière de leur culture musicale

L’animation des séances musicales dans les écoles tunisiennes : l’occasion de tenter ce qu’on n’ose plus faire en France, l’occasion de reprendre confiance, l’occasion de se laisser aller à penser les choses de façon ludique

Les motivations professionnelles des étudiants tunisiens

Les étudiants français : les VRP d’une pédagogie « cfmiste »

L’école tunisienne : « l’école du Petit Nicolas »

Le répertoire musical : sur quel répertoire faire porter nos savoir-faire et nos approches pédagogiques : oriental, occidental ?

Le statut de la journée de réflexion sur la musique à l’école primaire organisée au cours de l’échange à Sfax

L’ordre donné aux différentes formulations, reprises à ce stade du document pour être développées, ne doit pas être pris comme un ordre d’importance. Le classement de ces différentes remarques n’a pas été chose aisée. L’important a été de restituer le plus fidèlement possible les prises de paroles des uns et des autres. La mise en valeur de telle ou telle remarque vise à alimenter la préparation du prochain échange entre Sfax et Lyon programmé pour 2008.

Un voyage d’études n’est pas un voyage humanitaire Plusieurs fois s’est posée la question de savoir si l’on avait bien apporté ce qu’il fallait aux étudiants tunisiens. Cette préoccupation généreuse réduit de fait le champ de l’échange, car la vraie question à se poser est de savoir si l’on a été disponible pour l’échange professionnel, culturel et amical qui ne peut être qu’affaire de réciprocité. Les apports restitués dans ce document sont volontairement limités à l’aspect de la pratique professionnelle mais ils ne doivent pas masquer les autres enrichissements qui sont multiples et qui dépassent le seul champ ainsi circonscrit. La réussite de l’échange s’est située pour chacun des étudiants à des niveaux différents et, peut-être, dans des domaines insoupçonnés dans l’immédiat qui émergeront de façon plus consciente dans les mois à venir.

Une autre préoccupation est souvent aussi revenue : que va-t-il leur rester de notre venue ? Outre le fait que la question peut être retournée aux français, on peut souligner qu’elle est inhérente à toute action de formation. Que va-t-il, par exemple, rester de l’action des étudiants français auprès des enfants dans leurs stages hebdomadaires ? Cette question n’est donc pas liée spécifiquement au fait que l’action se déroule à l’étranger.

Une affaire de compagnonnage entre l’étudiant français et l’étudiant tunisien

Cette visée du compagnonnage a été voulue par les responsables tant de l’ISM de Sfax que du CFMI de Lyon et organisée pour permettre à chacun de trouver sa place en situation professionnelle dans une classe. La gageure était d’importance puisque les étudiants devaient co-animer une séance en respectant au plus près ce qui avait été décidé en amont de la séance notamment dans la préparation écrite, en alternant le pilotage de la séance et en faisant progresser les enfants.

Même si cela n’était pas simple, force est de constater que, dans l’ensemble, le contrat a été rempli dans cette complicité à développer « in vivo » dans le feu de l’action et en confiance entre les deux musiciens.

La création : un terrain privilégié de collaboration et de jeu à développer dans les écoles de Sfax

La collaboration musicale et pédagogique entre l’étudiant français et l’étudiant tunisien a pris deux directions : l’acquisition de répertoires de chansons tunisiennes et françaises et la mise en œuvre d’activités qui sollicitent les enfants dans leur expression et leurs capacités de création.

Pour dire les choses simplement sur cet aspect des activités de création, il faut rappeler que solliciter les enfants dans leurs capacités d’invention et de création, c’est en premier lieu être soi-même en capacité de recueillir les propositions qui viennent des enfants. Pour solliciter les enfants dans leurs capacités de création, c’est créer des cadres, des espaces, des ouvertures qui mettent les enfants en situation de recherche. Solliciter les enfants dans leurs capacités de création, c’est permettre aux enfants d’être force de propositions, de faire appel à leur expression personnelle et de les rendre responsables de leurs trouvailles musicales. C’est ainsi inverser le schéma de la répétition qui est utilisé pour de nombreux apprentissages musicaux comme apprendre une chanson par exemple.

Solliciter les enfants dans leurs capacités de création, c’est admettre que les cadres donnés peuvent être débordés, contournés, transgressés, à l’image de ces chèvres qui vont toujours chercher l’herbe hors de l’enclos car, là, elle sera certainement meilleure.

Ce terrain d’exploration qui positionne différemment les enfants et leurs éducateurs (l’instituteur et le professeur de musique) dans un travail d’éducation musicale semble une piste à privilégier. Ce partage de temps de recherche musicale ouvre certainement les meilleures portes pour que les étudiants tunisiens inventent des stratégies pédagogiques qui sortent du schéma de la transmission par la répétition.

La pédagogie du non-verbal : une chance quand on ne sait pas parler la langue du pays

S’il y a un savoir-faire sur lequel le CFMI insiste au cours des deux années de formation du musicien intervenant, c’est bien de privilégier des modes de relations qui ne fassent pas appel d’abord à la parole, et de donner ainsi la priorité à sa dimension spécifique de musicien pour engager les enfants dans une démarche d’apprentissage musical. Ainsi, se retrouver à communiquer avec des enfants qui ne parlent pas ou peu le français s’est avéré une belle occasion de mettre en œuvre cette possibilité du musicien de se faire comprendre autrement que par le verbe. Et « ça marche » comme l’ont dit plusieurs étudiants.

Les références culturelles auxquelles renvoie une pratique de la création à l’école : en deux fois une semaine, c’est bien court pour construire ces nouvelles références

Plusieurs étudiants français avaient déjà fait part, lors d’un temps de bilan franco-tunisien à Lyon, du peu d’avance qu’ils avaient eux-mêmes dans la constitution d’une culture musicale contemporaine qui dépasse l’esthétique principale sur laquelle ils ont fondé leur pratique de musicien. Ils avaient expliqué comment le CFMI avait contribué à ces ouvertures esthétiques mais ils avaient convenu que le chemin restait encore long à parcourir pour être tout à fait à l’aise avec ces musiques du XXème siècle. Les étudiants français se sont posé la question de comment enclencher un tel processus d’ouverture culturelle en si peu de temps avec les étudiants tunisiens.

En effet, les pratiques pédagogiques qui visent des déclenchements de l’ordre de la création musicale renvoient à des champs musicaux et esthétiques qu’il s’agit de connaître pour élargir son propre univers musical et en conséquence celui des enfants. La création musicale contemporaine occidentale, depuis plus d’un demi siècle, a ouvert de nouveaux espaces qui ont considérablement modifié la façon d’envisager les apprentissages musicaux. Ces modifications se manifestent par l’introduction de temps d’expérimentation, de tâtonnement, de « bidouillage » qui font partie de la formation musicale d’un jeune musicien. L’introduction du magnétophone comme un outil ordinaire et quotidien de la séance musicale fait partie de ces changements opérés dans les pratiques pédagogiques.

La musique au cœur de la vie des tunisiens ou la simplicité de l’acte musical sans se poser trop de questions

Plusieurs étudiants ont été très touchés par le rapport que les musiciens tunisiens entretiennent avec leur musique, et plus largement avec l’acte de faire de la musique. C’est « comme une vague qui nous submerge, qui les submerge » a ajouté une étudiante. Cette simplicité de rapport à la musique a été ressentie fortement comme une richesse qui renvoie à cette interrogation de fond : comment suis-je moi-même musicien ? La question de savoir si cet état de fait constaté est lié au répertoire et au sentiment qu’il y a un corpus commun, un fond commun de musiques qui constituent l’identité des musiciens tunisiens a été posée alors qu’en France, la multiplicité des répertoires, des trajectoires musicales des musiciens, des parcours de formation divers semblent diluer cette pratique « spontanée » de la musique.

Cet état d’esprit a permis à plusieurs étudiants français de débloquer certaines crispations vis-à-vis de l’animation de séances musicales ; ainsi, l’intervention en doublette dans les classes de Sfax a été l’occasion de tenter des choses que l’on n’osait plus faire en France. Cela a été aussi l’occasion de reprendre confiance en soi et de réintroduire une dimension de jeu que l’on s’interdisait petit à petit dans les écoles françaises au fur et à mesure où le projet musical en cours arrivait sur l’échéance finale.

L’écrit de la préparation de séance

Les formateurs du CFMI ont fait part aux étudiants de leur satisfaction de voir les étudiants du CFMI expliquer à leurs homologues tunisiens l’intérêt d’un passage à l’écrit pour mieux préparer les séances musicales à animer avec les enfants.

En effet, les étudiants ont pris à bras le corps ce sujet de la préparation écrite en tentant d’engager les étudiants tunisiens dans ce travail. Force est de constater que le résultat est mitigé.

Les motivations professionnelles des étudiants tunisiens

Le CFMI de Lyon propose une formation professionnelle pour devenir musicien intervenant à l’école. Le cahier des charges de l’établissement est ainsi circonscrit. L’ISM de Sfax forme des professeurs qui se destinent à enseigner soit au collège, soit au lycée, soit dans le cadre des écoles de musique et des conservatoires. L’objectif professionnel de la formation de l’ISM de Sfax est moins délimité, conduisant les étudiants à être moins mobilisés sur le métier qu’ils auront à exercer à la sortie de l’ISM. De plus, la venue du CFMI à Sfax a conduit les responsables de l’ISM à mettre en place des stages dans les écoles primaires de Sfax. Il n’est, pour l’heure, pas prévu que les musiciens sortant de l’ISM de Sfax aillent enseigner dans les écoles primaires. Ainsi, il faut avoir en tête que les musiciens de Sfax sont moins concentrés sur cet aspect de la dimension professionnelle de leur formation.

La journée de réflexion sur l’éducation musicale à l’école primaire

Le CFMI de Lyon et l’ISM de Sfax ont pris la décision d’organiser une telle journée avec l’Institut Français de Coopération. L’énergie des responsables des deux établissements a été concentrée dans l’organisation de cette journée : la première du genre à Sfax. Cette journée avait été conçue avant tout pour les étudiants français et tunisiens pour réfléchir sur leur rôle de musicien dans l’enceinte de l’école et leur mission de faire advenir une pratique musicale des enfants. Les interventions d’André Dubost et de Laure Marcel-Berlioz ont donné aux réflexions engagées sur ce sujet de l’éducation musicale à l’école une dimension importante et symbolique par rapport à l’histoire dans laquelle s’inscrit un CFMI comme celui de Lyon.

L’enquête conduite par Ridha Ben Mansour dans les écoles primaires de Sfax a apporté un éclairage de la réalité de la présence de l’éducation musicale dans les écoles primaires, en avril 2006.

La journée a été à l’image des échanges vécus à Lyon et à Sfax. Les étudiants ont su prendre des initiatives musicales avec beaucoup de simplicité et d’à propos. Ces interventions ont rendu compte à la fois de l’esprit qui est à l’œuvre dans la conception des séances de travail musical avec les écoliers français (la création rythmique avec les bouteilles ou la berceuse composée par un étudiant français ont été de bons exemples), des travaux qui se réfèrent à la création musicale qui traverse les deux ans de formation au CFMI (notamment avec la pièce musicale de Jean Ribbe) et enfin témoigner des échanges musicaux qui ont eu lieu entre les musiciens tunisiens et les musiciens français sous la direction de Ridha Ben Mansour ainsi que par des initiatives prises individuellement par des étudiants tunisiens et français.

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